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Codification et Esthétique

by Fred Dagonneau last modified 2007-04-24 03:34

Une approche des styles codifés et de l'esthétique basique de nos petits arbres en pot


Classification.

Dans le monde du bonsaï, nous trouvons toute sorte de classements et codifications.

Les arbres se divisent déjà dans des catégories botaniques, comme par exemple leurs familles ou genres (Famille des pinacées, genre celtis ….), cela s’appelle la taxinomie.

Plus généralement, dans les expositions ou dans le mode de culture, nous parlerons de feuillus, de conifères, de caducs ou persistants.

La dimension des arbres est aussi régie par des catégories :

  • Shito : jusqu’a 7,5cm.
  • Mame  : de 7,5 à 15 cm.
  • Kotate Mochi  ou shohin : de 15 à 30 cm.
  • Chuin bonsaï : de 30 à 60 cm.
  • Dai Bonsaï : de 60 cm à 1 m et plus.

La signification est très simple nous dirons arbres porté dans la main, porté à deux mains, à quatre mains.

La provenance des arbres est aussi régie et nous parlerons de yamadori (prélèvement) ou d’arbre acheté en pépinière, de même que son mode de reproduction comme  misho (semis), hatake zukuri ou élevé en pleine terre, sujet issu de bouture ou  de marcotte.

L’âge de l’arbre peut être aussi un facteur de classification mais on parlera plutôt de l’âge depuis lequel l’arbre est conduit en bonsaï plus que de l’âge réel de ce dernier.

Il est un classement qui est plus subtile et ne se base pas uniquement sur une dimension, une variété. Il a été élaboré au fil des ans par les cultivateurs et grands maîtres bonsaï.

Chaque pays ou culture qui a marqué l’évolution du bonsaï a voulu codifier sa forme avec pour symbolique principale le triangle ciel, homme, terre éléments du zen. En chine, les arbres prenaient une forme mystique ou représentaient un animal, puis les formes sont devenues plus libres et abstraites. En thaîlande, ils prenaient la forme d’un des caractères humains comme la danse ou la ruse, la force. Les Japonais ont depuis longtemps essayé de codifier leurs styles en fonctions des représentations des arbres dans la nature. Il est évident que, avec le temps, ces formes se sont affinées et stylisées, que les modes sont passées (il y a eu l’époque des arbres droits, celles des forêts, etc) mais la codification actuelle est encore celle qui se rapproche le plus de l’arbre dans son milieu naturel, une évocation de la nature mais régie par des règles esthétiques.

Nous trouvons ainsi les formes solitaires  et principales comme :

 

  • Chokkan ou tronc vertical formel.
  • Shakan ou tronc incliné.
  • Moyôgi ou tronc sinueux. (voir l'article)
  • Fukinagashi ou battu par les vents.
  • Kengai en cascade.
  • Hen-kengai ou semi-cascade.
  • Neagari ou racines apparentes.
  • Bunjin-gi ou forme dite du lettré.
  • Hokidachi ou ballais.

 

Il y a aussi les formes à plusieurs troncs comme :

  • Takanmono ou multi-tronc et ses dérivés.
    • Kabudachi ou cépée.
    • Korabuki ou carapace de tortue.
    • Ikada buki ou forme en radeau.
    • Netsuranari ou racines rampantes, soudés.
    • Yamayori ou forme résultant de la chute de plusieurs graines poussant au même endroit.
  • Sôkan ou double tronc et ses dérivées
    • Sankan ou triple tronc.
    • Gokan ou cinq troncs.
    • Yose-ue ou forêt. Avec plus de sept troncs.

Nous pouvons aussi trouver les formes sur roches:

  • Ishizuki ou arbres plantés dans la roche.
  • Sekijôku ou racines qui enserrent la roche.


Nous trouvons aussi des styles sur un tronc avec du bois mort.

  • Sharimiki ou tronc écorcé.
  • Sabamiki ou tronc creux.

 

Il y a aussi une catégorie, moins en vogue de nos jours, qui pourtant fait partie des débuts du bonsaï qui s’appelle Seikei ou paysages miniatures ou nous pourrons trouver de la roche, de l’eau, des arbres ainsi que des personnages.

Les formes et styles sont ainsi nombreux et peuvent très bien se marier entre eux. Ainsi nous trouverons Néagari kengai ou cascade à racines découvertes ou bien un sôkan moyôgi ou tronc double de forme sinueuse, etc…. 

Cette codification est donc une représentation la plus fidèle possible des styles trouvés dans la nature.


Notions d’esthétique.

 
Même si c’est une représentation de la nature, l’art du bonsaï doit répondre à des notions esthétiques. La répartition des branches est très importante, de même que la forme et le sens du tronc, l’implantation des racines, la disposition des masses foliaires, etc., tout n’est qu’harmonie et se complète.

Les racines, étalées, réparties autour de l’arbre de manière inégale, de différents diamètres, de différentes longueurs donnent le ton et la forme de l’arbre. Elles doivent signifier la puissance, montrer que l’arbre est solidement encré dans le sol.

 

Le tronc tout d’abord légèrement fuyant, tourmenté au non, doit toujours être conique, plus ou moins selon le style adopté, et doit avoir la tête qui se tourne et penche vers la personne qui regarde, l’arbre fait une révérence. La ligne de tronc est le point principal de l’arbre, elle doit bien se voir et ne pas avoir de gros défauts, à moins que ce défaut soit un point qui, au contraire, deviendra le point focal de l’arbre. Il ne faut pas aller contre l’arbre et vouloir, par exemple, faire un moyogi avec un tronc droit. Les courbes du tronc iront en diminuant et se rapprocheront plus nous irons vers la cime. La cime elle, pour représenter un arbre vieux, âgé, devra être arrondie et jamais droite comme un sapin de nöel. Elle devra se plier vers l’avant.

Le bonsaï est généralement la représentation d’un arbre âgé. Les branches, lourdes, devront donc plier sous le poids des ans et des éléments. Sur les conifères, elles iront même vers le bas. Les conifères gardant leurs aiguilles, avec le poids de la neige plus important l’hiver, les branches plient. Un caduc perd ses feuilles en hiver, la pression sur les branches est moins importante, les branches n’iront pas vers le bas mais partiront presque horizontalement et remonteront doucement au fur et à mesure que l’on monte dans l’arbre.

Les jins et shari, preuve du temps et de l’âge, se trouvent essentiellement sur les conifères qui ont un bois plus dur et résistant. On trouvera rarement des jins à l’intérieur des branches. Tous ces éléments qui forment l’âge d’un arbre que sont la vieille écorce, les branches qui plient sous le poids des ans, la ramification dense, fine, étalée, la présence de jins et shari, la cime arrondie, sont autant de choses qu’il nous faut mettre en évidence dans la création de notre arbre. Les japonais appel cela le wabi et sabi ou patine, usure du temps, mais toujours dans la simplicitée.

Les branches principales sont le relief du tronc. Un tronc droit et fin donnera des branches droites et fines, un tronc trapu, courbé, donnera des branches qui lui ressemblent. Un tronc droit et une branche principale tourmentée ne vont pas ensembles. Bien que se situant autour de l’arbre, ses branches ne devront pas se diriger directement vers l’observateur, cela cache la forme du tronc et est trop agressif, il en va de même pour les jins. Dans la nature comme en bonsaï, un arbre ancien n’aura pas beaucoup de branches principales. Nous pouvons même former un arbre excellent à partir d’une seule branche principale. Nous trouverons essentiellement un « cycle » de branches qui est :

 

  •  La première branche, qui est souvent la branche principale, est généralement la plus grosse car la plus ancienne. Elle va et donne le sens de l’arbre, suivant l’aspect du tronc. Elle finit en s’avançant vers l’avant. Elle se nomme sashi-eda.
  • La deuxième que l’on trouvera dans le côté opposé à la première. Elle est là pour équilibrer l’arbre. Elle finit  en s’avançant doucement vers l’avant.
  • La branche arrière, donnant de la profondeur et de la perspective à l’arbre. Elle est plus fine que les deux premières branches et ira d’un coté ou de l’autre du tronc suivant le sens des deux premières.

 

Nous pourrons trouver la branche arrière avant la deuxième branche, très rarement la branche arrière en premier.

 
Les branches secondaires et les suivantes continueront le profil des branches principales, elles sont toujours en harmonie avec. Plus nous avançons dans les branches, plus elles sont fines et ramifiées. Les branches forment toujours une ramification « par deux ». Trois départs de branches au même endroit et, avec le temps, la jonction ferra un bourrelet, deviendra trop grosse par rapport au reste des branches et serra très inesthétique. Il ne faut pas qu’il y en est trop non plus, toutes les branches doivent pouvoir recevoir le soleil, l’air doit passer dans les branches, sous peine de voir le feuillage et les branches prisonnières sécher et mourir.

La végétation devra être répartie dans les branches mais ne devra pas se trouver que sur ses extrémités.

Il y a de nombreuses erreurs à éviter dans la formation et l’emplacement des branches comme :

  • Les branches qui partent dans le creux d’une courbe du tronc.
  • Les branches qui se croisent, appelées sashichigai-eda.
  • Les branches qui partent en opposition au même endroit du tronc ou kannuki-eda  ou kuruma-eda, branches en rayons de roue.
  • Nous éviterons les branches qui, partant pourtant sur le côté du tronc, viennent le croiser par devant, mikikiri-eda.
  • Nous éliminerons aussi les branches qui poussent droites et directement vers le haut ou tachi-eda.
  • Les branches qui ont trop poussées et dont le diamètre est trop gros par rapport au tronc seront aussi ôtées, oyafuko-eda.
  • Nous enlèverons une des deux branches de celles qui créent une fourche trop symétrique et droite, les troncs étant de même diamètre et de même forme.
  • Nous ôterons aussi les branches superposées les une aux autres en n’en gardant qu’une, kasanari-eda.

 
D’une manière générale nous éviterons aussi les branches dont les courbes sont môles, trop arrondies, défaut souvent commun à certaines branches mal ligaturées. Il faut que l’arbre terminer, on ne distingue plus l’intervention de l’homme.

Il doit se trouver des espaces entre les branches ou dans le profil de l’arbre. Des manques de végétation ou de branches que nous appelons espaces vides, qui sont primordiaux pour l’esthétique de l’arbre. Ils allègent la forme de l’arbre, donnent de la profondeur à la vision et une certaine perspective.

Il est aussi une notion essentielle qui est la particularité de chaque espèce, à son état naturel. La forme sauvage  de chaque espèce doit se retrouver dans sa forme en pot.

Ainsi un pin peut-être droit, penché, en cascade ou sinueux mais on trouvera rarement un olivier en cascade ou un buis rigoureusement droit ni un érable avec des jins ou shari. Chaque espèce à son propre développement, il faut chercher à recréer cette impression dans nos bonsaÏ.

Les Japonais disent  que l’ont reconnaît la variété ou l’espèce d’un arbre en pot à la forme de son ombre.

Enfin, chaque bonsaïka à sa propre émotion, sa propre vision de la nature. On devra la retrouver dans son bonsaï, tout en respectant les règles fondamentales d’esthétique et de style.

 
 

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