Cette année un nouveau thème sera proposé: Le Lettré
 
Bunjin-gi, l’esprit du lettré   voir aussi le styles et  formes


Basiquement, c’est la forme la plus exigeante de toutes. Si chaque critère d’exigence est passé, on peut alors dire que
notre arbre est de forme « lettré ».

L’homme lettré

De par le monde, certaines personnes, cultivées, érudits, littéraire et artistiques sont appelés « bungin » ou lettrés.
Ces personnes, souvent reclus et loin de la grouillante civilisation, après avoir participé activement à cette dernière,
ont décidés de mener une vie simple, dépouillée. Les plaisirs simples de la vie, la solitude, la méditation,
les différents arts remplissent une grande partie de leurs journées.

Le lettré passe une partie de sa journée à ce balader dans la nature, à y recueillir sentiments et merveilles diverses.
Il passe des heures, assis sur le sol, à contempler le vol des grues, à regarder la longue descente du soleil couchant dans
le reflet d’un étang, à écouter le bruit de l’eau de la rivière qui court entre les rochers.

Il s’extasie devant l’éphémère floraison du cerisier, sous la lente chute des feuilles rouges de l’érable palmé,
des longues journées froides et enneigées de l’hiver aux longs jours chauds et ensoleillés de l’été.

De retour chez lui, il raconte ses sentiments par l’intermédiaire des haïkus, poèmes courts, ayant toujours un rapport avec la nature ou la saison. Il collectionne pierres aux formes bizarres ou rappelant les montagnes (suiseki), racines contournées, bois flotté, plantes rares.


Il s’adonne avec délice à la calligraphie et au sumi-e, tableaux à l’encre de chine. Ces derniers sont appelés « bunjin-ga » et
forme un style à part entière dans l’art de la peinture à l’encre de chine. Nous trouvons d’ailleurs de merveilleux exemples
de pins de type « bunjin » dans les peintures de paysage.

Il récupère fleurs et branches d’arbres pour créer de petits bouquets (ikebana) et taille de petits arbres récupérés
dans la nature, leur donnant des formes plus ou moins naturels… nos chers bonsaï

Souvent retraité et sans horaires, sans obligation, les lettrés se retrouvent pour discuter, échanger leurs impressions,
leurs poèmes, prendre un verre de thé.
 
La représentation d’un arbre « bunjin » en bonsaï est une sorte d’hommage à ces hommes-lettrés, ainsi qu’à leur peinture et leur esthétique fin et dépouillé.
 
 
 
Les règles de formation d’un arbre « lettré »
 
Les règles pour former un lettré de type traditionnel sont assez particulières, bien que très logiques,
mais vont à l’encontre de pas mal de croyances….

 Type d’arbre

 Essentiellement, un bunjin sera représenté par un pin. Pintaphillaou thunbergiiau japon, sylvestre ou noir en Europe.
 
D’une manière moins formel, nous trouverons principalement des conifères:
 (pinus, cédrus, chamaécyparis, juniperus, etc) mais nous pourrons trouver aussi certains feuillus caducs
 voir même arbres à fleurs ou à fruits tels diospyros, prunus mume ou mahaleb, etc).

Un bunjin est un arbre assez haut, au moins 80 centimètres et aura, de préférence, un seul tronc.

Il doit avoir une très bonne conicité, le tronc devient de plus en plus fin jusque la cime
Il doit avoir une écorce vieille, fine et de bonne qualité, montrant son âge avancé, sa lutte pour la vie.
Il doit représenter un arbre entre 100 et 300 ans.

Bois mort

Contrairement aux idées reçues, un arbre de style lettré ne portera pas de bois mort. Il ne doit pas avoir de Jin, ni de shari.
Il n’aura pas de blessures et on ne doit surtout pas voir de traces de travail de l’homme sur l’arbre, tel marques de ligatures

Esthétique de base

Il doit contenir de nombreux espaces vides.
Il doit voir un tronc fin et sans mouvements exagérés. On devrait pouvoir trouver une alternance d’un
passage assez droit, mais pas complètement, avec une ou deux ruptures bien nettes.
Un « littérati » aura un minimum de branche, donnant l’illusion, encore une fois de la vieillesse extrême, de la rude lutte
contre le temps et les éléments. Au final, Il pourra ne lui rester que 3 branches.

Une précision, nous éviterons la présence de branche avant la moitié du tronc, contrairement à la  norme classique
qui veut la présence d’une branche après le 1er tiers de l’arbre.

Il devra donner une impression de stabilité. Pour cela il doit avoir un nébari bien étalé dans toutes les directions,
ne devra pas avoir racines excessivement traçantes.

De par sa silhouette, le bunjin gi est un arbre féminin, son architecture doit être légère et délicate,
il doit évoquer la fragilité, mais aussi le dépouillement, l'austérité on ne garde que l’essentiel de l’arbre.

Plus encore que pour les autres styles, les notions esthétiques tels le « wabi-sabi » sont d’une importance capitale. $
Nous parlons ici de notions qui sont plutôt des sentiments que des réalités. Nous parlons de patine du temps, de longévité mais aussi d’éphémère, de dépouillement, de simplicité. « Allez à l’essentiel, ici et maintenant ».

Vieillesse du tronc, patine de l’écorce, éphémère de la végétation, réduit à son plus simple niveau.
Pour réussir à créer ces sentiments de « wabi /sabi, » nous devons faire attention à la patine du pot,
la couleur de la mousse, chaque détail, surtout le plus banal, à son importance.

Les arbres qui ne respectent pas la totalité des points évoqués plus haut portent le nom de bunjin cho.
Ce sont des arbres « dans l’esprit du lettré ».

Poterie

Il doit être placé dans un pot rond et fin appelé « pot assiette ». A l’origine, ses pots étaient en réalité les couvercles de grandes jarres contenant le riz, que l’on retournait et dans lesquels on plaçait l’arbre.

Entretien

Vu la faible hauteur du pot et donc le faible volume de substrat, on surveille l'arrosage avec beaucoup d'attention.

L’engrais, quand à lui, et bien sur pour un arbre abouti, sera donné en très faible doses, voir même inexistant.
L’arbre doit montrer son extrême vieillesse, sa lutte pour sa survit.